En apesanteur

Avec ma collègue Fannie, nous discutons de temps en temps de ce type du 8ème étage, Robert, sur qui elle a flashé. Elle le tchatche tous les jours à la cantine quand on le croise. A défaut de lui trouver un charme fou, elle lui trouve ce petit truc qui l’émoustille.

Je lui dis que ce n’est pas possible. Elle a 27 ans. Une fille de cet âge là ne peut pas se permettre certaines choses.

Déjà, Robert s’appelle Robert. 

Ensuite, Robert doit avoir 45 balais bien tassés, le cheveu plus sel que poivre et le sommet du crâne très dégarni.

Enfin, l’oeil clair de Robert m’évoque plus le vide intersidéral dans son regard que le mystère et le soufre de Daniel Craig. Une autre collègue pensait que ce léger vide dans le regard venait peut-être d’un strabisme hyper léger à peine perceptible.

Bref, inutile de dire que pour Robert, c’est cuit, et que je mène une croisade depuis des semaines pour pousser le monticule de défauts de cet homme aux yeux de Fannie afin de la désémoustiller à son sujet.

On dirait que ça marche.

Toujours est-il que l’autre soir, je prends l’ascenseur, direction le parking. Pas de bol, je n’appuie pas assez vite sur le bouton du -1 et l’ascenseur monte jusqu’au 8ème étage. Là, qui vois-je : Robert.

Ha ha, je pouffe intérieurement, je venais juste d’en parler avec Fannie.

Robert, homme blagueur devant son prochain, me lance un “C’est gentil d’être passé me prendre”. Je souris. Puis il demande “Alors, la journée fut bonne ?”. Je réponds avec un enthousiasme théâtral pour qu’il y décèle du second degré “Oui, formidable”. La discussion s’arrête là, l’ascenseur continue à descendre, les portes s’ouvrent, nous nous souhaitons une bonne soirée.

Je textote Fannie :

  • Moi : “J’ai croisé Robbie dans l’ascenseur”. 
  • Fannie : “Chanceuse.”
  • Moi : “Il m’a demandé ‘alors, la journée fut bonne ?’, sans déc, c’est quoi cette discussion d’ascenseur ?”
  • Fannie : “Ben… une bonne discussion d’ascenseur…”
  • Moi : “Hm, pour moi, une bonne discussion d’ascenseur, c’est une discussion où on ne me parle pas”.
  • Fannie : 

Ah ben non en fait, Fannie n’a pas répondu. En même temps, y avait pas grand chose à dire.

Bref, j’ai passé un moment privilégié avec Robert, on a flotté en l’air, c’était super.